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Le mot « Souffrance » n’a pas seulement une signification : avoir mal aux dents est une souffrance mais celle d’une personne incarcérée, qui a des êtres au dehors qu’il ne peut aider est aussi une souffrance, comme celle de la victime de harcèlement ou de bombardements. Ces souffrances sont différentes et ne peuvent se comparer. Il existe une souffrance sans cause objective, sans murs ni barreaux pour enfermer, sans bombes, sans mal aux dents, cette souffrance est morale, psychique. Une des raisons de la souffrance qui n’a pas de cause factuelle, objective est la dualité.

Même le mot dualité n’a pas seulement un sens. Le sens de ce mot dépendra de celui qui l’utilisera. Pour ma part je l’utilise pour désigner le contraire de l’Unité, dans un sens spirituel. L’Unité étant, ici, ce que certains désignent par le mot « Tao ». L’Unité est l’infini tout qui contient tout. Le contraire de l’Unité, la dualité est le fait d’avoir conscience d’être soi et de ne pas être tout. Dans la dualité on se désigne par « Je » et le reste par « les autres » ou « Le monde », « L’univers » etc. En spiritualité il est de coutume de considérer que la dualité engendre la confusion.

Certaines personnes férues de spiritualité orientale, bouddhisme, taoïsme, yoga, hindouisme disent que la confusion vient du mental, ce qui est très simplifié. Le mental n’est pas mauvais, quand il reste sous le contrôle de la conscience, de la raison. Mais quand ce sont les émotions qui le dirigent vous ressentez la fébrilité de la confusion. L’impatience est une autre conséquence de la dualité, de la confusion. L’impatience vient de l’insatisfaction: vous n’êtes pas heureux d’être ici et maintenant et voudriez être ailleurs et dans un autre temps.

L’impatience se manifeste en toutes sortes d’occasions, par exemple dans le fait de manger. Il y a plusieurs façons de manger, selon que l’on soit dans le calme de l’Unité ou dans la confusion de la dualité, autrement dit il y a la façon zen, où l’on mâche plusieurs dizaines de fois chaque bouchée et l’autre, où à peine l’aliment en bouche il est avalé. Georges Oshawa (1893-1966), le maître disparu de la macrobiotique, comparait notre système digestif à un serpent goulu dont la bouche et l’anus seraient les nôtres.

Le serpent

En macrobiotique on mâche cinquante fois chaque bouchée ce qui permet, entre autres choses, de garder le contrôle de l’impatience goulue. On dit qu’il faut mâcher les liquides et boire les solides. Ainsi les aliments subissent une pré-digestion salivaire qui permet l’élaboration de certains nutriments et leur assimilation optimales et permet au mental de ressentir une sensation de satiété plus rapidement et en ayant absorbé moins de nourriture.

C’est pareil pour tout. Cette impatience, cette insatisfaction brûle toujours les étapes. Par exemple, pour aller d’un point  »A » à un point  »B » on a tendance à mettre le trajet entre parenthèses. On le fait en « apnée ». On voudrait être arrivé avant d’être parti, ce qui génère du stress et toutes sortes de troubles psychosomatiques tout à fait dommageables à moyen et long termes.

En spiritualité, je veux dire pour ceux là qui s’investissent très activement dans une démarche spirituelle de vie, cette impatience devient celle de réaliser, d’arriver, de se libérer (Des chaînes des réincarnations), d’entrer en samadhi (L’extase), d’atteindre la perfection, l’éveil. Mais vous voulez arriver où ? C’est infini ! C’est quoi le résultat de cette impatience mystique ? C’est de vous décourager. Il s’agit juste de vous faire ressentir de l’insatisfaction, l’insatisfaction engendre de la confusion, de la souffrance et l’abandon de la pratique. Cet abandon aura ajouté de la confusion à la confusion.

La fin du segment

L’existence que vous vivez actuellement est comme le segment d’une longue ligne droite. A la fin de ce segment il y a une étape, un saut dans l’inconnu, ce qui génère de la peur. Est-ce à cette fin que vous êtes pressés d’arriver ? Alors arriver à quoi ? Arriver où ? Il n’y a pas à arriver, il y a juste à être. Ne soyez pas impatients. Faites ce que vous avez à faire maintenant ! Celui qui, en vous, est impatient d’arriver est celui qui ne veut pas que vous y arriviez. C’est ici et maintenant que ça se passe. Alors, comme il ne veut pas que vous restiez dans l’instant, il vous fixe un objectif, un but…et ce but est comme l’horizon: il s’échappe, se recule au fur et à mesure que vous avancez. C’est un leurre.

Voir les choses de plus près

Souvent on voit les choses de loin, elles semblent banales mais quand on s’approche, le merveilleux apparaît. C’est comme quand, enfant, on regardait quelque chose au microscope ou sous une loupe. La Grâce de la vie est là et elle est parfaite. Affinez votre regard. Vous êtes vivant, alors où aller maintenant ? Continuez de vivre en affinant votre conscience de la vie contenue dans chaque instant. Ne soyez pas pressé d’arriver à Saint-Jacques, profitez de chaque pas, profitez du chemin. Un pèlerinage est le chemin. Imaginez-vous aller à Saint-Jacques en avion !? C’est comme des gens riches, en Asie, qui font leurs pèlerinages en civières, portées par des sherpas ! Ce qui compte c’est de marcher et chaque pas vous fait avancer en conscience.

Chaque pas compte

Quand on est sur la route de Compostelle, le but n’est pas de voir le paysage qui est en haut de la côte, de l’autre côté du virage ni la journée du lendemain. Le but c’est de marcher et chaque pas rapproche de l’essentiel. C’est ainsi dans la vie, chaque jour passé vous rapproche de l’essence dont la source est intérieure. Aimez vivre, aimez ce que vous voyez, ce que vous entendez car vous êtes là pour le voir et pour l’entendre. Rendez grâce à L’Un de cette bénédiction d’être vivant. L’état de béatitude c’est d’être bien ici et maintenant, sans désirs.