réveil, eveil,spiritualite,lavoie

Beaucoup de gens, intéressés par la profondeur de la vie, par la spiritualité, se pensent, sans toujours oser le dire, éveillés. Pourquoi ? Parce qu’ils croient avoir connu l’éveil. Beaucoup de gens parlent de l’éveil, écrivent à propos de l’éveil, font des conférences mais ils ne parlent pas de l’éveil qui fait les bouddha, en vérité. Sans le savoir ils parlent d’autre chose, d’un homonyme. 

Le mot bouddha, sans majuscule, n’est pas le nom d’une personne mais un nom commun, un adjectif qualificatif. Le mot bouddha signifie « éveillé », ainsi ceux qui se croient, en toute bonne foi, éveillés se croient des bouddha, comme le seigneur Gautama du clan des Sakyas, désigné aussi par le vocable : « sakyamuni » signifiant : « sage des Sakyas », nommé aussi Siddhàrtha Gautama.

Gautama a connu l’éveil, est devenu un bouddha après avoir reçu un certain enseignement par un guru et avoir suivi cet enseignement. Cet enseignement n’était pas le bouddhisme, qui n’existait pas. Dans l’enseignement de ce guru du bouddha (Gosala) il y avait un ensemble de pratiques formant une ascèse et la méditation profonde faisait parti de cette ascèse.

Gautama a rencontré l’éveil après une méditation particulièrement profonde, sous son figuier. Il a connu le nirvikalpa-samadhi, le plus haut des samadhi (qui sont au nombre de sept), quand la conscience individuelle se fond dans l’essence du Tout. C’est après ce samadhi, c’est à cause de ce samadhi que Gautama est ressorti éveillé. On ne peut pas connaître l’éveil sans avoir connu ce samadhi particulier.

Ce que la plupart des gens, en occident, prennent pour l’éveil est autre chose, que je désigne par le vocable : « réveil » qui est le réveil de la conscience aux choses subtiles, quand le chercheur ne trouve pas ce qu’il cherche dans les choses que la société des Hommes lui propose. C’est le sujet de la suite de ce texte : le réveil.

Un rêve d’existence

– 

L’existence passée avec sa conscience dispersée, éclatée est comme un rêve, parfois un cauchemar, parfois un rêve simplement pénible, un de ces rêves où il ne se passe rien d’effrayant mais où l’absurdité se dispute à l’impuissance, installant une angoisse lourde et collante…un de ces rêves que nous faisons tout pour quitter et dont on se réveille soulagé.

– 

Parfois c’est un beau rêve où nous allons vers la satisfaction, mais cette satisfaction nous échappe à chaque fois parce qu’on se réveille toujours au dernier moment, juste avant d’atteindre l’aboutissement de notre quête et on s’en trouve frustré.

– 

L’avatar de second-live

– 

L’existence d’illusion est comme de vivre sur second live, ce monde virtuel où on crée un avatar pour vivre une existence imaginaire. L’avatar, pour notre existence est ce moi, cette construction à laquelle nous nous identifions.

 –

La mystique aborigène parle du grand rêve…ce grand rêve est l’existence humaine passée la conscience illusionnée par les apparences. Quand une personne dort, qu’elle est dans le sommeil paradoxal, celui où apparaissent les rêves, les neuropsychiatres disent que biologiquement son cerveau est éveillé.

 –

Certains, la majorité, vivent ce rêve, ce monde virtuel comme s’il s’agissait de la vraie vie. Ils s’en satisfont, ils font avec. Ce n’est pas toujours satisfaisant mais c’est ainsi. D’autres rêvent aussi mais cherchent désespérément à s’éveiller.

 – 

Parfois un éveillé se branche sur le rêve des autres, s’immisce pour leur dire qu’ils rêvent et les inviter à se réveiller. Il s’inscrit sur second live, prend un avatar, un pseudo et attend qu’un autre avatar vienne lui demander sa route pour l’inviter à sortir de la cession où il ne se rend même plus compte qu’il est enfermé, sans réelle existence.

 –

Les rêveurs refusant de se réveiller sont comme ces gens, accrochés à une épave qui coule et qui refusent de la lâcher pour attraper la bouée qu’on leur lance…ah, l’attachement !

 – 

Chaque être humain

est comme un jardin

 – 

Chaque être humain est comme un jardin identique à tous les autres jardins, avec la même terre que les autres jardins et la même quantité d’eau, de nutriments, le même ensoleillement et la même température, mais un jardin qui ne ressemble à aucun autre.

 –

Plantez une graine identique dans chaque jardin et vous n’aurez pas deux fruits, deux légumes identiques. Certains jardins ont la terre dure, piétinée et la graine qu’on y dépose ne pénètre pas, ne se plante pas. Elle reste à la surface et les oiseaux, les rats, les fourmis viennent et mangent la graine.

 –

D’autres ont une terre assez meuble mais ils sont envahis par des ronces, des graminées et autres ombellifères. La graine y est déposée, elle pénètre la terre, à l’abri des oiseaux, rats et autres fourmis. Elle prend racine et sort de sous la terre, afin de pousser vers la Lumière. Hélas ! Les autres végétaux, qui l’entourent, l’étouffent et la font bientôt mourir, ou rester si petite, si chétive, si dominée, enfin, que c’est du pareil au même : elle végète !

 –

D’autres ont une bonne terre, un espace dégagé et la graine a prit, elle a grandit mais s’est vite desséchée : jamais ils ne l’arrosaient.

 –

La graine est la même pour tous, le terrain est le même pour tous. Seuls les soins, l’attention changent d’un jardin à l’autre…le Royaume où l’âme s’éveille, la vraie vie est en chacun de nous : il suffit d’y entrer. Mais seule la conscience peut entrer. Ni le mental , ni la vanité ne le peuvent, en vérité. Réveillez-vous à la vraie vie, lâchez ce rêve qui vous angoisse et ne mène nulle part. Il suffit de savoir comment rassembler sa conscience, la détacher de ce ce qui la tient dispersée. La Voie a une méthode à la portée de tous.

 – 

La vie n’est pas un rêve

[Bhaktimàrga 3-1-45]

Mais avant d’arriver à La Voie, un être humain lambda devient chercheur de vérité après avoir connu le réveil, ce qu’ils prennent pour l’éveil. C’est dommage, parce qu’en se croyant éveillés ils croient avoir touché au but, alors qu’ils n’en sont qu’au début, au début de La Voie : être chercheur de vérité. Un chercheur de vérité, quand il rencontre la vérité, ou quelque chose qui y ressemble, s’y intéresse et demande plus d’informations. Une personne réveillée qui se prend pour un éveillé ne demande plus d’explications, il désire enseigner, il se croit maître. Cette ambition spirituelle est tout à fait dommageable. 

Je dois vous dire que le but spirituel de l’existence n’est pas de connaître l’éveil, le vrai, celui du bouddha et d’autres comme Lao-Tse, Guru Nanack, Jésus, mani, Patanjali et d’autres plus ou moins connus et complètement inconnus. Très très peu de gens ont connu le vrai éveil, peut être en existe-t-il deux ou trois par siècle qui restent inconnus. Le but spirituel de la vie n’est pas l’éveil mais la réalisation et la Libération. Ces buts peuvent tout à fait être atteints sans avoir connu l’éveil.

L’éveil est une sorte d’accident, heureux accident mais « accident » quand même.