sylve

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Sylve

conte chamanique

Chapitre troisième

Renaissance

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3.1

Les rescapés du clan, cent cinquante personnes,

Se tiennent debout face à sylve brûlée.

Aux survivants, surtout, est dur le glas qui sonne.

Comment continuer quand tout à basculé ?

3.2

Tu n’étais qu’une île, toi sylve l’univers.

Devant nous: le néant, la cendre, les débris

Et, du monde, la fin se tient à notre envers.

Sur la terre inconnue on ne voit pas d’abri.

3.3

Doit-on se retourner et te montrer le dos ?

Déesse assassinée, dans la cendre étendue.

Nous voilà orphelins à porter le fardeau

Des âmes disparues qui resteront perdues.

3.4

Le clan resta ainsi; frileux, anéanti,

Toute la nuit durant, sans même une pensée,

Pareil à l’innocent que l’injuste châtie.

Et vous, que feriez-vous ? Vivre et recommencer ?

3.5

Ils tombèrent épuisés à l’aube revenue.

L’oubli les accueillit…le malheur lui aussi

S’estompe quand l’esprit plonge dans l’inconnu.

Parfois s’échappe ainsi celui qu’on supplicie.

3.6

Le soleil levant vint éclairer les cendres

De sylve devenue déesse inanimée.

Le fond touché peut-on continuer à descendre ?

Doit-on se relever ou gésir, abîmé ?

3.7

Le clan se retourna et, regardant devant,

Ne vit qu’une vaste et ondulante étendue

De hautes graminées balayées par le vent.

Pourquoi pas l’inconnu face à l’inattendu ?

3.8

Résigné notre clan se mit en marche droit

Devant lui, écartant les hautes graminées,

Pour se faire un chemin vers ce nouvel endroit

Que les flammes du ciel avaient déterminé.

3.9

Un endroit bien à lui, où ressemer l’arbre

Père dont on avait gardé un gland tombé,

Afin de reformer le cercle à palabre,

Tracé dans l’ombre, par les branches surplombé.

3.10

Ils allèrent tout le temps où leur dieu du ciel

Alla de son levant au côté opposé,

Dans l’espoir et la foi du lieu providentiel

Où fatigue et chagrin pourront se reposer.

3.11

Au soir du premier jour, passé à cette errance,

Tout le clan s’allongea à même le sol nu,

Terrassé par la faim et la désespérance.

Il se sentait perdu, en terrain inconnu.

3.12

Il faisait, maintenant, nuit noire, quand la lune

Sortit de son manteau fait de sombres nuages.

Son orbe lumineux vint baigner l’infortune

Du clan échoué là comme après un naufrage.

3.13

La chaleur du soleil, montant du sol terreux,

Réchauffait les gisants et pansait leurs blessures.

Le vent soufflait l’histoire de ce temps bienheureux

Où sylve était encore la mère qui rassure.

3.14

Tandis qu’ils dormaient tous, une voix s’éleva,

Ou plutôt résonna en l’esprit de chacun,

Les faisant s’éveiller, tout le clan se leva…

 »Oubliez, mes enfants, votre bonheur défunt  ».

3.15

 »Je suis terra-mata, tout ce qui pousse est moi.

Sylve a brûlée mais je suis et cette prairie

Vient de ma force aussi. Calmez donc votre émoi,

Repartez de zéro et vous serez guéris. »

3.16

Le lendemain le clan marchait d’un pas meilleur.

Confiance retrouvée il allait de l’avant.

Quand ici est perdu il faut chercher ailleurs

Pour qu’un autre bonheur remplace celui d’avant.

3.17

Avec l’optimisme la faim se réveilla.

Où trouver à manger au sein de la prairie ?

Quand la soif, à son tour, vint et les aiguilla.

Ils avancèrent encore, qui s’arrête périt !

3.18

Quelque chose, plus loin, attira l’attention

Du clan: une hauteur, une grande colline…

Des monolithes blancs en faisaient l’ascension,

Comme des doigts pointés vers la troupe orpheline.

3.19

Plus le clan avançait vers la butte aperçue,

Plus le sol semblait mou…arrivé aux abords

La terre se couvrit de grands rochers moussus

Et, dressées au dessus, de hautes hellébores.

3.20

Le bruit d’un ruisselet, s’écoulant doucement,

Fit s’élancer le clan, qui bientôt trouva l’eau.

Ce mince fil argent, cet aboutissement,

S’insinuait au travers de tout jeunes bouleaux.

3.21

Le clan, après avoir bu cette eau bonne et fraîche,

Termina l’ascension de ce point élevé.

Arrivé au sommet il passa une brèche,

Ouverte dans un mur de gros rochers levés.

3.22

Le sommet ressemblait à un fort sans toiture;

Un vaste terrain plat entouré de ces roches

Posées en sentinelles, dont la haute stature

Pouvait voir de très loin l’ennemi en approche.

3.23

Près d’un rocher sortait une eau fraîche et limpide,

Par de gros bouillons, allant vivement abreuver

Les buissons de ce lieu, malgré l’été.

La grâce résidait en ce point élevé !

3.24

Des chasseurs ramenèrent quelques jolis lapins.

D’autres, dans la prairie, trouvèrent quelques oignons.

Du blé poussait tout près, on pût cuire du pain,

La viande du gibier et quelques champignons.

3.25

Au milieu du sommet un monolithe blanc

Pointait haut vers le ciel, comme avant le grand chêne.

Il fut, au soir venu, le pivot rassemblant

le clan, autour de lui, pour reformer la chaîne.

3.26

Après quelques instants d’espoir mêlé de doute,

Tous les membres du clan ne firent qu’un, de nouveau.

 »Le UN ne change pas quand à lui on s’ajoute  ».

Les dieux, pour exister, ont besoin de dévots.

3.27

Bientôt en chaque esprit uni en égrégore,

Revint, pour leur parler, la voix du soir d’avant:

 » Bienvenus, mes enfants, dans votre château-fort,

Je suis Terra-Mata et ma voix est le vent « .

3.28

 » Les rochers sont mes os, Sylve était mon enfant.

Le soleil, dans le ciel, nous insuffle la vie.

Le bonheur fait de lui un père triomphant

Et à lui faire honneur cette nuit vous convie « .

3.29

 » Replantez votre chêne, si vous le désirez,

Mais voyez: cette joie, en vous, reste présente.

La vie continuera. Unis vous saisirez

La grâce de l’instant pour la rendre plaisante « .

3.30

Laissons donc, maintenant, le clan à ses affaires.

Son histoire nous dit que l’essence sera toujours,

Invisible aux regards et qu’il nous est offert

D’aller la rencontrer en chaque instant du jour.

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