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Il est un phénomène mental que nous rencontrons très souvent dans notre vie, quand nous sommes en contact avec autrui, personne rencontrée ponctuellement ou proche. Ce phénomène est la « projection ». La projection crée des distorsions de communication, des impasses et des malentendus nuisibles et dommageables tant pour celui qui projette que pour ceux qui sont confrontés à ces projections, surtout si ces derniers souffrent, de leur côté, d’un sentiment de culpabilité ou, simplement, s’ils ne sont pas bien installés en eux, qu’ils doutent. Quel est ce phénomène ? Voyons d’abord la définition qu’en donnent les professionnels de la psychologie :

Projection : transposition sur autrui d’un mouvement psychique. Une personne en proie à des pulsions, des pensées, des désirs qu’elle ne peut reconnaître pour siens, utilise un mécanisme de défense essentiellement imaginaire ; elle les déplace sur autrui.

Il s’agit de l’une de nos réactions archaïques, présentes dès les premiers stades du développement, que le moi ensuite intègre et met en œuvre pour se protéger. A priori normale, sinon nécessaire, la projection devient trouble psychique lorsqu’elle revient en boomerang sur son auteur sous forme de délire paranoïaque, phobies sociales handicapantes, agressivité ou jalousie.

Monsieur Pirenne, cours de psychologie I.P.F.C

Fait de situer dans le monde extérieur des pensées, des affects, des désirs, sans les identifier comme tels, et de leur prêter une existence objective. Psychanalyse: fait pour un sujet de situer dans le monde extérieur, en leur attribuant une existence objective, certains de ses affects, de ses pensées, localisations dans une autre personne de pulsions, de sentiments impossibles à accepter comme les siens.

Dictionnaire Larousse

La personne qui projette sur autrui ne projette jamais de sentiments, ni d’intentions positifs. Les sentiments et les intentions considérés comme positifs n’ont aucun mal à être assumés par le « moi ». Non ; ce qui est projeté sur autrui est toujours considéré comme négatif, dégradant et c’est bien la raison de la projection : en projetant cette charge négative sur l’autre on se déculpabilise en le culpabilisant…C’est le principe du « C’est celui qui dit qu’y est ! » des enfants. La projection est un manque de lucidité, de maturité et d’objectivité sur soi. Savez-vous ce qu’est l’objectivité s’exerçant à son propre soi ? C’est l’humilité. Il est un exemple que la psychanalyse nous donne :

Le père, dont la fille de trois ans doit participer à une promenade à poney, lui demande si elle est montée sur l’un d’eux. L’enfant répond par la négative, expliquant qu’elle en a eu peur. Il renouvelle sa question la semaine suivante, après une deuxième tentative de sa fille. Celle-ci lui répond alors qu’elle n’est pas montée sur les poneys car « les poneys ont peur d’elle ».

Ce bref exemple démontre le rôle défensif de la projection qui protège le moi encore fragile chez l’enfant. Chez l’adulte, même normal, elle est très répandue : telle épouse fidèle, inconsciente de ses désirs d’adultère, accusera son mari de la trahir ou se sentira aimée par un innocent ami. En pathologie mentale, la projection prend une importance particulière, notamment dans les délires hallucinatoires et la paranoïa.

Marie-Laure Jeannot, « Psychothérapie et Accompagnement professionnel« , anthesis.info

Ce phénomène est connu et remarquable sur les réseaux sociaux ; tant de gens accusent les policiers, les gouvernants, les industriels, les médecins, les journalistes, les juges ou simplement la majorité des gens, d’intentions malveillantes, d’ourdir des complots contre la liberté, la santé à des fins plus ou moins claires. La peur que ces gens portent en eux est ainsi projetée hors d’eux.

Le phénomène de projection se retrouve chez la plupart des personnes, sinon toutes et il est un facteur important d’incompréhension et de malentendus. Même s’il est considéré comme un phénomène normal, constitutif de la personnalité, il n’empêche qu’il gène considérablement la communication paisible et objective lorsqu’il atteint une force au delà d’une certaine limite et que l’on n’a pas de recul sur soi-même.

De plus, en spiritualité, il est la façon qu’a le faux-ego d’empêcher la remise en question génératrice d’évolution…se remettre en cause est un des outils les plus puissants sur la voie vers la Réalisation et une preuve de vraie humilité. Sans humilité il est absolument impossible d’affiner sa conscience, de la rendre capable d’appréhender sa nature profonde et véritable.

Quand le faux-ego est confronté aux paroles de vérité il projette tout ce qui le caractérise : fausseté, hypocrisie, désir de tromper, mensonge etc. Si la conscience du porteur de ce faux-ego n’est pas convenablement identifiée, que ce porteur n’a pas réalisé le piège et qu’elle est, fondamentalement sa vraie nature, il s’identifiera au faux-ego et prendra comme siennes ces réactions négatives et primaires.

Comment faire pour discerner le vrai du faux dans cet imbroglio mental ? Impossible sans le secours d’une tierce personne. Quelqu’un qui se noie ne peux se sauver lui-même…la bouée est lancée, encore faut-il s’en saisir et ne pas se dire : « Cette bouée est un piège, elle va m’entraîner encore plus vite au fond ».

Il n’y a rien à faire : seuls ceux qui sont prédisposés à ce discernement sont capables de l’avoir. On ne peut le fourrer de force dans un esprit incapable de le recevoir. Avant de planter une graine il faut que le terrain soit préparé…sinon, si la terre est trop dure, les oiseaux viendront manger la graine qui ne pourra pas germer, donc qui ne produira pas les fruits qu’elle portait en elle. Si la terre est pleine de ronces, elle ne poussera pas, car le plant sera étouffé, empêché de s’épanouir, de croître…«Que celui qui a des oreilles… » (Jésus, dit le Christ).